Lettre écrite

à Monsieur le préfet des Côtes du Nord

le 18 janvier 1988

par Monsieur BAUDET Louis,

maire de La Poterie.


« Bien souvent depuis 1955, date à laquelle j’ai été élu Maire de La Poterie, j’ai songé à demander le classement en zone protégée des Landes de La Poterie. Au début, seul le côté sentimental me guidait : ces landes tenaient tant au cœur des anciens de chez nous et ils devenaient si farouches dès que l’on voulait toucher à leur intégrité que j’ai cherché dans nos archives les raisons de cet étonnant attachement. »

« J’ai lu les comptes-rendus des longs procès intentés pour la possession de ces landes, les rapports d’avocats faisant état de copies d’archives prouvant que depuis plus de mille ans les artisans potiers de La Poterie avaient joui sans conteste de ces terres – vaines et vagues - pour y prélever l’argile nécessaire à leur industrie, la bruyère et l’ajonc à la cuisson de leurs pots et utilisé l’herbe pour y faire paître leurs vaches. »

« J’ai pu constater que depuis la révolution, tous les maires de La Poterie, tous ceux au moins qui avaient été démocratiquement élus, s’étaient battus, et parfois durement, pour que cette étendue de terre bosselée et sauvage demeure la propriété de la commune . »

« Et je me suis rendu compte que j’avais peut-être parfois manqué de jugement lorsque j’ai autorisé sur ces landes l’ouverture de pistes équestres et l’installation d’un circuit de moto-cross, d’autant plus que lors des travaux effectués pour le tracé de ce dernier, la lame du bulldozer a mis à jour les traces d’une assez importante fonderie antique, vieille de plus de mille ans – puisqu’aucun écrit n’en fait état - alors que l’on cite des artisans potiers dès 1083. Nous avons également relevé des traces d’un atelier de phtanite vieux de 30 000 ans . »

« Toutes ces raisons suffiraient déjà pour que ces landes fassent partie du patrimoine national au même titre qu’une cathédrale ou un vieux château.

Mais de plus, depuis les travaux du professeur Louis Maurice du lycée Henri Avril de Lamballe, j’ai réalisé avec étonnement que l’aspect biologique de ce site naturel était des plus remarquables, connu de tous les botanistes européens pour ses plantes rares.

Je précise que ces landes sont propriété communale et que leur classement en zone naturelle protégée ne pose à ma connaissance aucun problème … »

« En résumé, Monsieur le Préfet, je compte sur votre compréhension pour nous aider à sauvegarder et préserver définitivement ce patrimoine naturel d’intérêt exceptionnel. »